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Comprendre les mécanismes utilisés par les agresseurs.

Le grooming.

Les violences sexuelles sont souvent précédées d'un processus de manipulation progressif appelé grooming. Connaître ces mécanismes permet de les repérer. Ce schéma est fréquent mais pas systématique. Certaines agressions surviennent sans processus d'approche préalable.

Ce qu'ils font

  • Ils gagnent la confiance des parents

    se montrent extrêmement disponibles et généreux, se rendent progressivement indispensables, proposent de garder ou de transporter l'enfant, et cherchent à se retrouver seuls avec lui.

  • Ils repèrent un enfant vulnérable et isolé

    en manque d'attention ou traversant un moment difficile, et lui offrent une attention exclusive et disproportionnée, différente de la bienveillance ordinaire d'un adulte.

  • Ils construisent une relation exclusive

    en éloignant progressivement l'enfant de ses repères, jusqu'à ce qu'il dépende émotionnellement de l'agresseur.

  • Ils testent les limites

    le contact commence par des gestes anodins (chatouilles, étreintes) et s'intensifie progressivement si l'enfant ne dit rien ou ne réagit pas.

Ce qu'ils disent à l'enfant, et ce que l'enfant doit savoir

  • « C'est notre secret »

    Il existe des bons secrets (une surprise) et des mauvais secrets (qui font mal ou mettent mal à l'aise). Ces derniers ne sont pas autorisés et doivent toujours être racontés à un adulte de confiance.

  • « C'est un jeu, c'est normal »

    Un enfant n'est pas là pour satisfaire les besoins d'un adulte, ni affectifs, ni physiques. Personne n'a le droit de toucher les parties intimes d'un enfant ni de le photographier sans l'accord explicite de ses parents.

  • « Personne ne te croira »

    Un enfant doit toujours se sentir écouté et pris au sérieux.

  • « Tes parents auront des ennuis »

    Parler ne met personne en danger : au contraire, cela permet de protéger les enfants.

  • « C'est toi qui l'as voulu »

    L'agresseur cherche délibérément à provoquer culpabilité et honte chez l'enfant, pour le faire taire. Ce n'est jamais la faute de l'enfant : quoi qu'il se soit passé, un adulte est toujours seul responsable de ses actes.

  • Menaces, intimidation

    Un adulte n'a jamais le droit d'utiliser la peur ou des menaces pour obtenir quelque chose d'un enfant (menaces de mort, d'emprisonnement, etc.).

  • Cadeaux, récompenses

    Si un adulte offre régulièrement des cadeaux, des bonbons, des bonnes notes ou des privilèges à un enfant sans raison particulière, c'est un signal d'alerte à partager avec un adulte de confiance.

Quand l'agresseur est un autre enfant ou un adolescent.

Entre 20 et 30 % des agressions sur mineurs sont commises par d'autres mineurs (CIIVISE, 2023), souvent dans des espaces peu surveillés. Ces faits sont fréquemment minimisés alors qu'ils constituent des violences sexuelles au sens de la loi.

L'enfant auteur a fréquemment lui-même subi des violences : l'un comme l'autre ont besoin d'un accompagnement spécialisé et adapté.

  • Demandez à la structure quel protocole s'applique en cas de faits commis par un enfant sur un autre enfant : comment sont assurées la prévention, la prise en charge de la victime y compris son suivi psychologique, et l'accompagnement de l'enfant auteur ?

  • Apprenez à votre enfant cette règle simple : si un camarade lui fait quelque chose qui le met mal à l'aise, même en disant que c'est un jeu, il a le droit de dire non et d'en parler à un adulte. Il ne sera jamais puni(e) pour en avoir parlé.

Le numérique : un risque supplémentaire à partir de 10 ans.

Ce document cible principalement les enfants de moins de 10 ans. À partir de 10 ans, l'espace numérique devient un terrain d'exposition majeur. L'âge moyen d'inscription sur les réseaux sociaux est 12 ans en France. Une loi interdisant l'accès aux moins de 15 ans a été adoptée à l'Assemblée nationale en janvier 2026 (entrée en vigueur prévue à la rentrée 2026).

Ces risques sont réels, mais ils peuvent être mieux prévenus grâce à l'information, à la vigilance des adultes et à un dialogue ouvert avec les enfants. En parler tôt permet souvent de désamorcer une situation avant qu'une emprise ne s'installe. Les espaces numériques sont aujourd'hui devenus un terrain de manipulation à part entière, avec des mécanismes spécifiques :

  • Le grooming en ligne

    reprend exactement les mêmes mécanismes (isolement, secrets, emprise progressive) avec une dangerosité accrue : tout se passe hors du regard des adultes, par un adulte connu ou un inconnu dissimulé derrière un faux profil.

  • La sextorsion

    Le chantage à partir d'une image intime a explosé : 12 000 signalements en 2023, multipliés par 2,4 en 2024 (OFMIN). L'agresseur obtient une photo ou vidéo intime par manipulation, puis menace de la diffuser.

  • La relation amoureuse comme couverture

    l'agresseur présente la relation comme une histoire d'amour. L'adolescent y croit et consent « librement », mais sous emprise.

  • La pornographie comme outil de normalisation

    l'agresseur s'en sert pour montrer que « c'est normal, tout le monde fait ça ». Chez les adolescents exposés tôt, la frontière entre normal et anormal est déjà brouillée.

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